jeudi 23 novembre 2017

EN COLONIE DE VACANCES LA SI LA SOL ON SAUTE SUR LES GENS LA SI LA SOL FA MI


Ca y est, j'ai enfin vu la Colonie de Vacances. Je me demande souvent si je vis des épiphénomènes sudouestiens, si ces groupes de balle qui se produisent dans mes campagnes sont réellement dignes d'intérêt ou si c'est une forme de reconnaissance copinage à la parisienne. Ou simplement une forme d'acculturation qui fait que peu à peu je les intègre à ma réalité culturelle, là où régnaient Rihanna et Etienne Daho.

La Colonie de Vacances, c'est le concert quadriphonique de quatre groupes répartis selon les points cardinaux. J'avais pas ma boussole mais au Nord de la salle, y'avait Marvin, et c'est sur leur scène que j'avais posé mes fesses avant que ça démarre. Yannick m'a dit que j'avais pas forcément choisi le bon endroit, pile devant la caisse du batteur (je cite "tu vas prendre les kicks dans ta gueule"). Et puis après les gens ont commencé à mettre leurs bouchons d'oreille. Moi j'ai rigolé parce que bon, j'étais punk en 72 tu vois. Et puis les lumières se sont éteintes. Et puis ça a commencé par des petites nappes de boîte à rythme. Et puis y'a eu un bruit comme si quelqu'un avait jeté une assiette contre un mur, j'ai bondi et mon coeur aussi dans ma poitrine et c'était le batteur de Marvin qui commençait à taper.

Les autres groupes, c'est Pneu, Electric Electric et Papier Tigre. Chacun sur son estrade, chacun sa guitare et sa batterie et son joker (sauf Pneu qui ne sont que deux, mais ils comptent pour un demi joker chacun). Et ça tape pas qu'un peu. Au début, j'avais pas bien compris, à défaut de bouchons, j'ai remis ma capuche. Et j'ai commencé à prendre des coups. De batterie et de coudes. La musique, par vagues, se répond entre les quatre scènes, et au milieu le public, par vagues, se répand en de longs va-et-viens, des coups de béliers qui assomment et repoussent les marges. Théoriquement, le dispositif scénique permet de se promener et d'aller se poster devant chaque groupe ou au centre pour jouir de la quadriphonie annoncée. Mais en réalité, c'est la foule houle qui te balade.

J'ai d'abord décollé mon cul de la scène de Marvin, puis enlevé ma capuche, puis enroulé ma parka autour de mes hanches, puis je suis partie à l'aventure dans la fosse sauvage. J'ai atteint le Sud-Ouest en jouant des coudes. Je suis restée à mi-chemin entre les statiques périphériques timorés et les fous-furieux du milieu. Et je ne sais comment j'ai été aspirée. Littéralement aspirée. Je me suis retrouvée tout à coup au centre de la salle, dans l'oeil du cyclone, et juste avant que la marée humaine ne me noie, il y a eu ce moment merveilleux où il y avait de l'air et de l'espace et où les batteries se répondaient de façon circulaire : le son des caisses tournait littéralement autour de moi, et cette spirale sonore répondait à la spirale des corps, et j'étais pleinement et totalement DEDANS, avant de reprendre une autre poussée qui m'expulsa au quart Nord-Ouest.

Là je restais peu, j'avais goûté à la mêlée, je ne pouvais plus rester à la marge, je replongeais délibérément la tête la première dans ce gros bordel aux premières mesures qui le permettaient. A un moment, je te jure, ça m'a fait penser à du zouk. Ils sont complètement malades. Des gens passaient au dessus de ma tête, je ne savais plus où j'étais, mes yeux étaient souvent fermés, seuls restaient les matraquages en règle : celui de mes oreilles et celui de mes orteils.

J'ai poussé des dos, j'en ai caressé, j'ai cogné, j'ai sué, j'ai ri comme une démente, j'ai hurlé, c'était tellement bon, et flippant et libérateur.

La Colonie de Vacances, on te le vend comme une expérience sonore, mais c'est avant tout une expérience physique et ma chair s'en souvient. Je me suis faite broyer avec amour. Merci les gars.

Petit résumé de mon parcours dans la salle.
J'ai lâché l'affaire avant le rappel, et je suis allée finir l'écoute du concert dans les escaliers, d'où j'ai assisté aux marées humaine et sonore à travers le grillage, pour un effet cyberpunk pas dégueulasse.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire