lundi 21 décembre 2009

UN LIEU : LE RESTAURANT COURTEPAILLE DE CHALONS SUR SAONE

Jean-Pierre a probablement une position hiérarchique supérieure à celle des autres: c'est lui qui vous accompagne à votre table après que vous ayiez poussé la porte de ce restaurant Courtepaille. Lui encore qui vous recommande les suggestions du jour et vous rappelle la règle d'or des restaurants Courtepaille : "légumes et sauces à volonté, n'hésitez pas à en demander".

Pendant le reste de votre repas, vous ne reverrez plus Jean-Pierre. C'est Paolo qui prend le relais. Il prend votre commande, vous apporte la "salade d'accueil", une carafe d'eau et vous proposera régulièrement de vous resservir en légumes et en sauces, puisqu'ils sont servis à volonté et qu'il ne faut pas hésiter à en demander.

La salade d'accueil est un des rituels des restaurants Courtepaille. Sitôt assis, on dépose devant vous un bol de sucrine nappée d'épaisse vinaigrette blanche qui fera piquer vos yeux.
Le service des restaurants Courtepaille est de façon étonnante assez similaire en quelque lieu que se situe celui-ci.
On peut d'ailleurs s'interroger sur le mode de recrutement du personnel des restaurants de la chaîne. On retrouve chez tous les employés une déférence et une politesse excessive auxquelles on est plus habitués de l'autre côté de l'Atlantique. Ces serveurs récitant leurs phrases, même personnalisées, font penser à des robots ou à des acteurs, bien plus qu'à des humains préoccupés du bien-être de leur clientèle.

Sur votre set de table jetable, on vous explique qu'en cette fin d'année, le Père-Noël lui-même viendra apporter un cadeau à votre enfant du 11 au 23 décembre. "N'oubliez pas votre appareil-photo pour immortaliser cet instant".
Je commande à Paolo un menu "P'tit Grill" comprenant un steack dans la hampe saignant sauce échalotte et une pomme de terre au four.
Je refuse trois fois une ration supplémentaire de sauce ou de pomme de terre.

Alors que j'étais en train de verser la sauce aux échalottes sur mon steack tout en maintenant mon livre ouvert à l'aide du panier de condiments, le père-noël lui-même est venu frapper au carreau de la fenêtre située à gauche de ma table. J'ai feint la surprise et lui ai rendu son salut.
Paolo est venu me demander si j'avais rédigé ma lettre au père-noël (j'ai 31 ans) et si je croyais en lui (mais pas au petit Jésus).

L'envie de lui exprimer ma haine de ce type d'évément faillit être refoulée par la présence de petits enfants crédules assis à la table située à ma droite.
Finalement, j'ai expliqué à Paolo que je n'avais pas rédigé de lettre pour la bonne raison que je ne croyais pas au père-noël et tant pis si c'est à une occasion aussi triviale que les petits enfants crédules ont dû renoncer à une partie des rêves qui constituent leur imaginaire juvénile.

En pleine lecture et en pleine dégustation, je me décidais à ne jamais lever les yeux de mon roman, surtout pas lorsque je sentis un costume en feutrine rouge bon marché frotter le dossier de ma chaise.
Le père-noël déposa un bonbon sur ma table et me demanda si c'était bien moi qui ne croyait pas en lui. J'ai refermé mon livre en maintenant la page en cours avec mon index. J'ai expliqué au père-noël qu'effectivement, je ne croyais pas en lui, et que de plus, j'avais une phobie des personnes costumées, en particulier des père-noël et des créatures de Disneyland.

Derrière ses lunettes, peut-être ses vraies lunettes, j'ai vu le regard d'un type réel, un type qui ne pensait pas qu'un jour il se retrouverait en costume de père-noël dans un restaurant Courtepaille, à se faire immortaliser par des appareils photos de parents emmenant leur progéniture chercher un cadeau offert du 11 au 23 décembre.
Le type m'a demandé ce que je lisais comme livre, et je le lui ai dit. Il m'a dit qu'il ne connaissait pas et je lui ai un peu raconté l'histoire. Il m'a souhaité une bonne soirée, et je n'avais plus tout à fait peur du père-noël.

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